Après l'arrivée au pouvoir du parti Baas en Irak à la suite du coup d'État militaire de juillet 1968, les guerres et les attaques contre le Kurdistan s'intensifièrent. La région de Behdinan fut l'une des cibles de l'armée irakienne, qui cherchait à asseoir son contrôle et à éliminer tout obstacle à la puissance militaire qu'elle s'efforçait d'obtenir depuis plusieurs années. À cette fin, elle mena de nombreuses attaques contre différentes parties du Kurdistan, tuant et massacrant de nombreux civils innocents. L'histoire du village chrétien de Sorya illustre la série de crimes, de massacres et de souffrances infligés par la brutale armée irakienne pour maintenir et renforcer son emprise sur le peuple kurde et la révolution kurde.
Sorya est un petit village de la plaine de Silêvaneyan, dans le district de Zakho, à quelques kilomètres de Peşabur. Il est situé sur la rive gauche du Tigre, au carrefour de la Syrie, de la Turquie et de l'Irak. Sa population comptait une vingtaine de familles, majoritairement chrétiennes, qui pratiquaient l'agriculture et l'élevage.
Le 16 septembre 1969, sur la route principale près du village, une mine explosa dans un véhicule de l'armée irakienne, tuant et blessant tous ses passagers. Parmi les victimes se trouvait un officier du nom d'Abdulwahab Abdulkarim. Le village étant situé à proximité du lieu de l'explosion, un important contingent militaire fut immédiatement dépêché sur place sous prétexte de représailles. À la vue du convoi militaire se dirigeant vers leur village, le chef du village, le prêtre et son chauffeur, venus en visite, allèrent à la rencontre des soldats irakiens. Arrivés chez eux, les soldats, sous le commandement du colonel Abdulkarim du 4e bataillon de la 23e brigade, arrêtèrent les trois hommes sans les interroger, sans leur donner d'explications ni les écouter, et ordonnèrent qu'on les fusille et qu'on les laisse gisant dans une mare de sang.
Ils encerclèrent ensuite le village et en extirpèrent de force les villageois, femmes, enfants, adultes et nourrissons compris, de leurs maisons. Ils les attachèrent à une clôture, les arrêtèrent, puis les abattirent sans pitié. L'officier militaire du régime baasiste ne s'arrêta pas là : il fouilla les cadavres, tira une balle dans la tête des survivants et les massacra jusqu'à ce que tous ceux qui étaient piégés dans la clôture soient morts. Puis il ordonna d'incendier les maisons et de détruire le village. Il s'agissait d'une autre des politiques planifiées par le régime baasiste dans le Kurdistan rural pour détruire l'infrastructure économique, une politique connue sous le nom de « politique du feu ». Pendant l'incendie du village, ils trouvèrent cinq enfants dans un entrepôt à grains et les abattirent tous les cinq. Ils ne s'arrêtèrent pas là : ils fouillèrent les corps des martyrs, les insultèrent et commencèrent à piller les bijoux des femmes, leur coupant les poignets et les bagues pour leur prendre leurs anneaux et bracelets.
Le nombre total de victimes s'élevait à 39, dont 9 femmes et 11 enfants. Elles furent toutes enterrées dans deux fosses communes, l'une pour les femmes et l'autre pour les hommes, près du village. L'opération militaire menée par l'armée irakienne contre des civils et des personnes innocentes, notamment des femmes et des enfants, constitue un crime qui dépasse l'entendement et représente le génocide le plus brutal perpétré contre l'humanité au cours du siècle dernier.
Source:
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Masoud Barzani, Barzani et le mouvement de libération kurde, Volume 3, Partie 1, La révolution de septembre 1961-1975, Numéro 1, 2004.
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Hojin Masoud Serni, La révolution de septembre dans la région de Behdinan 1961-1975, édition 1, 2018.
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Ari Kerim, Quelques pages vivantes de la révolution de septembre, Maison d'édition Xebat, Duhok 1999.
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Ibrahim Celal, Le Kurdistan du Sud et la révolution de septembre : construction et destruction 1961-1975, quatrième édition, 2021.
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Hawkar Karim Hema Sharif, La révolution de septembre 1961-1970, 1re édition - Salaheddin University Press, Hewler, 2012.

