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La bataille du mont Safin (avril 1965)

Depuis la mi-décembre 1964, le gouvernement irakien fabriquait de faux prétextes pour semer le trouble au Kurdistan, recourant notamment à des arrestations et à des actes de torture dans les villes sous prétexte de maintenir l'ordre au milieu d'un prétendu chaos. Parallèlement, on constatait des mouvements notables de forces militaires dans la région, ce qui contribuait à l'escalade des tensions.


Depuis la mi-décembre 1964, le gouvernement irakien multipliait les prétextes pour déstabiliser le Kurdistan, recourant notamment à des arrestations et des actes de torture dans les villes sous prétexte de maintenir l'ordre face à un prétendu chaos. Parallèlement, un important déploiement de forces militaires à travers la région contribuait à l'escalade des tensions. Début 1965, les relations entre les dirigeants révolutionnaires kurdes et le gouvernement irakien s'étaient considérablement détériorées. Tout indiquait que le président Abdul Salam Arif revenait sur l'accord de cessez-le-feu de février 1964 et ses engagements. Il semblait au contraire chercher activement des prétextes pour relancer le conflit. À l'appui de cette affirmation, les observations d'un journaliste étranger qui s'est rendu au Kurdistan peu après le cessez-le-feu constituent un témoignage convaincant. Il a fait remarquer qu'il n'avait « vu que destruction » lors de sa visite et a rapporté que « tous les villages situés le long des routes principales de Souleimaniye avaient été bombardés et réduits en poussière et en cendres », avec 3 000 villages détruits en l'espace de cinq mois seulement.

Pour commémorer le premier anniversaire du cessez-le-feu, Parti démocratique du Kurdistan Le Parti kurde de Khyber Pakhtunkhwa (PDK) organisa une grève générale à travers le Kurdistan, qui remporta des succès notables dans plusieurs villes. Cependant, ces efforts restèrent vains, le gouvernement irakien demeurant inflexible. Fin mars 1965, l'armée irakienne déclara de nouveau la guerre au Kurdistan, saisissant ce qu'elle considérait comme une occasion propice pour remporter la victoire. La fragmentation politique et militaire au sein du PDK et de la révolution kurde sembla renforcer la détermination du gouvernement.

Le plan central du gouvernement irakien reposait sur la prise du mont Safin, position stratégique essentielle à la réalisation de ses objectifs. La conquête de la montagne permettrait d'éliminer la menace constante qui pesait sur la route Erbil-Ruandz, axe fréquemment la cible d'embuscades tendues par les forces peshmergas. De plus, le contrôle du mont Safin contraindrait les peshmergas à quitter la plaine d'Erbil, une région où la population locale soutenait activement les révolutionnaires en leur fournissant nourriture et matériel. Par ailleurs, la route reliant Erbil et Shaqlawa à Rawandz, axe d'approvisionnement vital pour les bases militaires de Spilk et Hamiya ainsi que pour de nombreux postes de police, serait également sécurisée. Pour ce faire, l'armée irakienne a entrepris d'importants préparatifs, mobilisant un grand nombre d'unités de la 2e division, notamment les 1re, 14e, 15e, 20e et 9e brigades. L'importance de cette opération était telle que le président Abdul Salam Arif s'est rendu personnellement à Shaqlawa pour évaluer la situation sur le terrain et suivre l'avancement des opérations.

Grâce aux renseignements recueillis par les espions du PDK infiltrés dans l'armée irakienne, le commandement peshmerga prit connaissance de ces mouvements militaires, notamment des rapports faisant état d'environ 30 000 mercenaires déployés à Soran et Badinan. S'ensuivit la bataille monumentale de Safin, qui se déroula sur un vaste front s'étendant de Koya au port de Gomespan, en passant par Safin, Shaqlawa, Hawre et les monts Zinatir. Les Forces révolutionnaires du Kurdistan, défendant le mont Safin, comptaient quant à elles environ 1 000 peshmergas de la Force de Safin, 300 de la Force de la plaine d'Erbil, ainsi que des renforts de la Force de Betwata. De plus, des unités de combat égyptiennes stationnées près de Bagdad furent appelées en renfort.

Malgré la supériorité numérique de l'ennemi, la Force Safin assumait la responsabilité principale de la défense de la région. Commandée par Rashid Sindi, avec le lieutenant Tahir Ali Wali à la tête des opérations depuis Hiran, elle était divisée en quatre bataillons. Wahid Kuekha Aziz commandait le premier, Mullah Gharib le deuxième, Oncle Braim Kako le troisième, et Fars Bawa dirigeait le bataillon de la plaine d'Erbil. Ces forces étaient déployées sur quatre axes : le village de Ziarat, Sarmaidan, Sar-e-Rash et Hujran.

L'armée irakienne lança sa première offensive dans la nuit du 12 au 13 avril 1965, s'emparant de Kepki Sor et bombardant intensivement le mont Safin pendant huit jours consécutifs. Son assaut le plus important eut lieu le 21 avril, visant le port de Gomespan et Ziarat. Afin d'exercer une pression supplémentaire et d'empêcher les renforts peshmergas d'atteindre Safin, les forces irakiennes lancèrent des attaques coordonnées sur plusieurs fronts. Malgré le déploiement d'un vaste arsenal d'armes terrestres et aériennes, de chars et de véhicules blindés, l'armée irakienne ne parvint pas à progresser significativement et subit des défaites répétées. Face à ces revers, le gouvernement mit en place une nouvelle stratégie incitative, offrant des récompenses financières pour la prise de sommets et de crêtes stratégiques. Par exemple, le chef Jash Zero Harki accepta de reprendre le mont Safin pour 20 000 dinars, tandis que Saeed Taha Zebari tenta de s'emparer de la position stratégique de Garota pour 10 000 dinars. Bien que cette stratégie ait prolongé les combats, les deux chefs furent finalement tués au cours des affrontements.

Les attaques soutenues, les bombardements incessants et les tirs aériens sur les positions des Peshmergas, conjugués à l'implication de mercenaires et à l'évolution des stratégies de l'armée irakienne, ont engendré d'immenses difficultés pour les forces kurdes. À ces difficultés s'ajoutaient de graves pénuries d'armes et de munitions, ainsi qu'une augmentation des pertes et une dégradation de l'état de santé des blessés. De plus, le terrain accidenté rendait presque impossible le transport de vivres, de fournitures médicales et de renforts, compliquant de plus en plus la défense du mont Safin. Face à ces circonstances, les commandants Peshmergas ont été contraints de prendre la difficile décision de se replier temporairement afin de préserver leurs forces et de se regrouper.

Au cours de la bataille, l'armée irakienne subit de lourdes pertes : 154 soldats tués, 348 blessés et 32 ​​prisonniers. De leur côté, les Forces révolutionnaires du Kurdistan (FRK) perdirent 22 Peshmergas et déplorèrent 86 blessés. La bataille du mont Safin revêt une importance historique considérable, car elle est considérée comme la plus longue de la révolution d'Aylul. S'étendant du 12 avril au 17 juillet 1965, soit 95 jours, elle vit l'armée irakienne déployer toutes ses ressources disponibles, y compris les armes terrestres et aériennes les plus modernes de l'époque. Alors que les Peshmergas ne comptaient qu'un peu plus de 1 000 hommes, les forces combinées de l'armée irakienne et de leurs alliés dépassaient les 40 000. Malgré la perte finale du mont Safin, due à l'écrasante supériorité numérique et matérielle des forces irakiennes, la capacité des Peshmergas à infliger de lourdes pertes à l'armée irakienne témoigne de leur détermination et de leur résilience. Dans le contexte d'une guerre aussi inégale, minimiser les pertes et effectuer des retraites stratégiques peut parfois être considéré comme une victoire en soi.


Source:

١- شوان محەمەدئەمین تەها خۆشناو، هەولێر لە نێوان ساڵانى 1963 – 1970، (چاپخانەى زانکۆى سەلاحەددین- هەولێر- 2016).

2- کریس کۆچێرا، کورد لە سەدەى نۆزدەو بیستدا، و: حەمە کەریم عارف، چاپى چوارەم، (خانەى چاپ و بڵاوکردنەوەى ئاوێر، 2007).

٣- هاوکار کەریم حمە شریف، شۆڕشى ئەیلوول، (چاپخانەى زانکۆى سەلاحەددین- هەولێر- 2012).

4- محەمەد مەلا قادرسەربردە – کورتەیەک لە بیرەوەرییەکان، (بڵاوکراوەى ئاراس- هەولێر- 2009).

٥- عصمت شریف وانلي، كردستان العراق هوية وطنية (دراسة في ثورة 1961)، ت: سعاد محمد خضر، مطبعة شڤان، السلیمانیة، 2012.

٦- خورشید شێرە، خەبات و خوێن، چاپى سێیەم، (چاپخانەى حاجى هاشم- هەولێر-2015).


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