Suite à la bataille de Zawita, qui s'est déroulée du 5 au 6 décembre 1961 et où les Peshmergas remportèrent une victoire remarquable en infligeant de lourdes pertes à l'armée et aux Jashes, ils prirent le contrôle du village de Sarsang et de la vallée de Zawita. Entre-temps, le président Barzani, en poste au village d'Al-Keshke, reçut des informations selon lesquelles les forces armées irakiennes se mobilisaient massivement et se préparaient à lancer une offensive d'envergure visant à rouvrir la route de Sarsang et à reprendre le contrôle de la région.
Préparations
Le 12 décembre 1961, les forces gouvernementales, composées d'une compagnie blindée, d'une unité d'infanterie du 3e bataillon de la 11e brigade, d'un bataillon d'artillerie, d'un bataillon de police, du 3e bataillon de la 1re brigade de police et de 200 mercenaires, quittèrent Duhok en direction d'Amedi. Le colonel Bashir Ibrahim commandait le 3e bataillon de la 11e brigade. Barzani supervisait directement le front et répartit stratégiquement ses forces en plusieurs positions défensives, de Merga Drez à Lomana et de Kevlesne à Haut-Bagera. Les préparatifs incluaient des embuscades et des tactiques de guérilla, avec un plan militaire prévoyant le déploiement de 200 Peshmergas sous le commandement du mollah Shne Qurtas Bedaruni de part et d'autre de la route reliant Qantara à l'entrée de Swaratuka. De plus, 200 autres Peshmergas sous le commandement de Hasso Mirkhan Dolamari étaient stationnés des deux côtés de la route entre la tombe de Gavana et Mangesh, maintenant ainsi un contrôle total sur ces deux routes critiques.
Ayant reçu des renseignements sur l'arrivée imminente des importantes forces gouvernementales, Barzani ordonna aux Peshmergas de tendre une embuscade dans les virages de Lomana. À leur arrivée, les troupes gouvernementales tombèrent directement dans le piège. Nul ne put s'échapper : tous furent tués, blessés ou capturés, et tout leur équipement militaire fut saisi par les Peshmergas. Il convient de noter que les conditions météorologiques jouèrent un rôle déterminant en faveur des Peshmergas lors de cette confrontation difficile. La journée était froide et un épais brouillard enveloppait toute la zone. De ce fait, les avions de combat ne parvinrent pas à bombarder précisément les positions des Peshmergas, car ils étaient incapables de distinguer les soldats peshmergas des soldats gouvernementaux en raison des conditions météorologiques et de leur proximité. Par conséquent, les avions survolèrent la zone en vain.
Pertes ennemies et gains des Peshmergas
Les combats ont infligé de lourdes pertes aux forces gouvernementales : des centaines de soldats de l’armée irakienne, principalement des policiers, ont été tués ou capturés, et 76 camions ont été incendiés. Les Peshmergas ont réalisé des gains remarquables, notamment la saisie d’une importante quantité de munitions et de 1 500 armes différentes récupérées sur le champ de bataille. Ces gains se sont avérés cruciaux, car de nombreux fils des tribus badinanes Nerwayi, Barwari, Sindhi, Doski et Guli avaient récemment rejoint la révolution et intégré les Peshmergas, mais manquaient d’armes. Grâce à cette acquisition, la plupart d’entre eux ont été armés et prêts pour les combats à venir.
Cependant, les Peshmergas ont également subi des pertes : deux combattants, Khadr Karim Khoshnaw et Hassan Goran, ont été tués et 18 autres blessés. Il convient de noter qu’un participant à l’incident a souligné la profonde préoccupation et la tristesse de Barzani face aux pertes humaines parmi les forces gouvernementales. Barzani aurait déclaré que les soldats et les policiers étaient des victimes, des fils de la nation, contraints de combattre sur ordre du gouvernement. Il a exhorté les Peshmergas à ne pas les tuer inutilement, leur conseillant plutôt de les blesser lorsque cela était possible. Dans cet esprit, Barzani a ordonné au commandant Nabi Sar-Asan, dont les forces avaient bloqué la voie de retraite, de permettre aux troupes gouvernementales restantes de se replier et d’échapper ainsi à une mort certaine.
Faisant écho au succès de cette bataille
La victoire des Peshmergas à la bataille de Lomana marqua un tournant décisif dans la révolution, la propulsant dans une nouvelle phase. Ce triomphe insuffla confiance et renforça le courage des Peshmergas face aux forces importantes et bien armées déployées à travers le Kurdistan, y compris dans la région de Soran. Ce fut également la première fois que l'armée gouvernementale subit des pertes aussi considérables, tant humaines que matérielles. De plus, la victoire brisa le voile de la trahison, exposant les Jashes et les plongeant dans une honte encore plus profonde, tout en soulignant leur trahison envers le peuple kurde. Cette victoire constitua une réponse cinglante à la déclaration et à la conférence de presse d'Abdulkarim Qasim du 23 septembre 1961, au cours desquelles il avait proclamé le début et la fin de l'insurrection kurde.
Un autre aspect significatif de cette bataille fut la destruction complète d'une brigade mobile entière, comme mentionné précédemment. Les soldats tués, blessés ou capturés lors des combats provenaient de diverses villes et régions d'Irak. Ceux qui furent libérés ou revinrent blessés diffusèrent la nouvelle de la révolution kurde à travers le pays, amplifiant ainsi l'impact de la victoire auprès des alliés comme des adversaires. Cela démontra que la révolution défendait des idéaux honnêtes et nobles. Par ailleurs, 330 prisonniers furent libérés après la bataille et envoyés au village de Kundaka Bne avant d'être transférés à Duhok, tandis que les blessés furent libérés après avoir reçu des soins.
À la suite des combats, le gouvernement a été contraint de demander des négociations avec le mollah. Mustafa BarzaniCependant, leur intention n'était pas sincère : ils projetaient de faire exploser le lieu des négociations lors d'une rencontre entre Barzani et le commandant de la 5e brigade, le colonel Hassan Aboud, afin de les assassiner. Barzani, faisant preuve d'une sagesse exceptionnelle, consulta les commandants peshmergas et changea le lieu de la réunion, démasquant ainsi le complot du gouvernement et le révélant aux deux camps.
Source:
١- عبدالفتاح علي البوتاني، منطقة بادينان 1925 – 1970, ج 2، مطبعة جامعة صلاح الدين، اربيل، 2017.
٢- سعيد حمو، مذكرات أمر لواء مشاة، بغداد، 1977.
٣- وەصفی حسن ردینى، داستانا لۆمانا – کەڤلەسنێ، چاپخانەى خانى، دهۆک.
٤- هاوکار کەریم حمە شریف، شۆڕشى ئەیلوول، چاپخانەى زانکۆى سەلاحەددین، هەولێر، 2012.
٥- حاجى میرخان دۆڵەمەرى، گەڕان بە دواى دادپەروەرییەدا دیوێکى مێژووى شۆرش لە Années 1943 – 1991 pour les années 1943 et 1991 کوردستان، 2021.
٦- رجب جمیل حبیب، ئامێدى (العمادیة) 1921 – 1975, مطبعة هەوار، دهۆک، 2012.
7- شەوکەت مەلا ئیسماعیل حەسەن، رۆژانێ لە مێژووى شۆڕشى ئەیلول، چاپى دووەم، نووسینگەى تەفسیر، هەولێر، 2006.



