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La bataille du mont Piers

Suite au coup d'État du 8 février 1963, les baasistes ont dévoilé leurs intentions hostiles envers le peuple kurde en créant la Garde nationale, une organisation armée tristement célèbre qui est devenue l'une des entités les plus notoires de l'histoire irakienne.


Les intentions hostiles des Baasistes envers le peuple kurde devinrent manifestes après le coup d'État du 8 février 1963, lorsqu'ils créèrent la Garde nationale, l'une des organisations armées les plus tristement célèbres de l'histoire irakienne. Après l'impasse des négociations avec les dirigeants kurdes, les Baasistes dévoilèrent ouvertement leurs desseins malveillants. Ils annoncèrent sans ambages devant les journalistes que l'armée irakienne préparait une offensive contre les régions septentrionales, entraînant la mort d'innombrables civils kurdes innocents. Le 10 juin 1963, le Conseil national de gouvernement d'Irak annonça qu'Erbil, Souleimaniye, Mossoul et Kirkouk seraient désignées comme zones militaires, transformant ces régions en principaux champs de bataille de leur brutale campagne militaire.

Le gouvernement concentra sa stratégie sur un front clé tout en menant des escarmouches sporadiques sur d'autres, choisissant finalement le front d'Akre-Piers dans le but de progresser vers la région de Barzan. L'opération fut confiée à deux divisions de l'armée : la 1re division, commandée par le général de brigade Abdulkarim Farhan, et la 2e division, dirigée par le général de brigade Ibrahim Faisal Ansari, pour le front de Mergasur. Le plan, élaboré sous la supervision directe du ministre de la Défense, Saleh Mahdi Ammash, et du chef d'état-major de l'armée de terre, Tahir Yahya, reposait sur la conviction que la prise de Barzan anéantirait définitivement la révolution kurde.

Le 15 juin 1963, la Première Division, renforcée par 5 000 jashes, lança un assaut sur le mont Sar-e-Akre. Après de violents combats, l'armée irakienne parvint à s'emparer de cette position stratégique, déplorant 69 morts et 122 blessés, tandis que les jashes subirent 23 morts et 37 blessés. Les forces gouvernementales se tournèrent alors vers le mont Piers. Lorsque la nouvelle parvint au mollah Mustafa BarzaniLe leader emblématique de la révolution kurde, Barzani, concentra ses efforts sur le champ de bataille. Il nomma le colonel Abdulkafi Nabawi à la tête du front de Spilk, avec Abdullah Agha de Pishder comme adjoint, et leur ordonna de fortifier ce front, prévoyant que les forces gouvernementales comptaient progresser de là vers Mergasur.

Dans la nuit du 18 au 19 juin, le mollah Mustafa Barzani Barzani prit personnellement position au village de Safti, sur les pentes nord du mont Piers. Le gouvernement irakien lança un bombardement intensif sur cette position à l'aide de quatre hélicoptères Hawker Hunter, mais Barzani s'en sortit miraculeusement indemne. Il se réunit ensuite avec le mollah Shani, commandant du front, et ses aides pour élaborer un plan de défense. Barzani ordonna aux Peshmergas de renforcer leurs positions sur le mont Piers. Simultanément, il dépêcha une force sous les ordres d'Omar Agha Dolamari dans la région de Shush, à l'ouest du mont Akre, afin de lancer une attaque par l'arrière contre les forces gouvernementales, tandis que Hadi Hasko fut envoyé à Sar-e-Sada, dans la région de Zanta, pour engager le combat par l'est. De plus, le colonel Abdulkafi Nabawi reçut l'ordre d'accentuer la pression sur la 3e brigade à Khalifan, déjà encerclée par les Peshmergas.

Le 25 juin 1963, l'armée irakienne, appuyée par 10 000 soldats, deux bataillons d'artillerie et quatre avions Hawker Hunter, lança une offensive féroce contre le mont Piers. Le bombardement fut si intense que la montagne entière sembla en flammes. Malgré leur armement rudimentaire – fusils anglais, mitrailleuses, fusils de chasse et munitions limitées pour leurs canons de 60 mm –, les Peshmergas firent preuve d'un courage et d'une détermination extraordinaires. Leurs vivres étaient maigres ; ils dépendaient de la population locale pour se nourrir de pain sec, de lentilles et de riz.

Les combats acharnés se poursuivirent jusqu'au 28 juin, date à laquelle les forces gouvernementales s'emparèrent finalement du mont Piers. La chute de la montagne fut le fruit d'un bombardement incessant et du martyre du mollah Shne Bedaruni, commandant respecté qui avait accompagné Barzani en Union soviétique. Bedaruni, ainsi que cinq autres Peshmergas, tombèrent le 27 juin en défendant vaillamment la montagne. L'armée irakienne étendit ses bombardements sur une vaste zone, ciblant la région de Nizar au pied du mont Piers au nord et le mont Shirin au sud, causant davantage de victimes civiles que de pertes peshmergas. Malgré leur infériorité numérique, les Peshmergas infligèrent de lourdes pertes aux forces gouvernementales dans les zones environnantes. Par exemple, une attaque menée par Omar Agha Dolamari sur Shush et Sharman causa de lourdes pertes dans les rangs ennemis, contraignant leur commandant, le colonel Saab Hardan, à battre en retraite après avoir été blessé.

La bataille du mont Piers, bien qu'ayant constitué un revers, demeure un témoignage de l'esprit indomptable et de l'héroïsme des Peshmergas. Plusieurs d'entre eux y ont trouvé la mort, parmi lesquels Din Kanialnji, Khan Bedaruni, Halkay Dolamari, Hussein Mohammed Agha Mergasuri, Ahmad Rashashchi, Shet Sarkeri, Saeed Sherwani et bien d'autres. Leurs sacrifices restent un symbole indélébile de la lutte du peuple kurde pour la liberté et la dignité.


Source:

١- مامخان شێراونى، بارزان و رەچەڵەکى بارزانیان، بێ شوێنى چاپ، 1995.

٢- مروان صالح المعروف، مصطفى البارزانى زعیم الحرکة التحرریة الکوردیة، مطبعة حاج هاشم، أربیل، 2018.

٣- مەسعود بارزانى، بارزانى و بزووتنەوەى ڕزگاریخوازى کورد، بەرگى سێیەم، بەشى یەکەم، چاپخانەى وەزارەتى پەروەردە، 2004.

٤- شکیب عقراوى، سنوات المحنة فی کردستان، مدیریة مطبعة الثقافة، اربیل، 2007.

5- شەوکەت مەلا ئیسماعیل حەسەن، رۆژانێ لە مێژووى شۆڕشى ئەیلول، چاپى دووەم، نووسینگەى تەفسیر، هەولێر، 2006. 

٦- حاجى میرخان دۆلەمەڕى، گەڕان بە دواى دادپەروەریدا، بەرگى یەکەم، بێ شوێنى چاپ.

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